bilingue
Je dois enfin l'admettre : deux langues cohabitent en moi. Le français est ma langue maternelle, l'anglais un choix conscient. Entre ces deux univers linguistiques, impossible de trancher : mon attachement pour chacun est égal. L'anglais me résiste encore parfois. Mon vocabulaire français reste plus riche, mes tournures plus spontanées, mes nuances plus subtiles. Malgré mes efforts, l'expression anglaise conserve cette rugosité de l'acquis face à la fluidité de l'inné. Cette dualité m'habite pourtant profondément. Rien d'exceptionnel : le bilinguisme traverse de nombreuses vies sans créer de déchirement. Jusqu'ici, une sourde tentation me poussait vers des préférences exclusives et alternatives, comme si le choix était non seulement possible mais nécessaire. Chaque fois que je privilégiais une langue au détriment de l'autre, le regret suivait. Désormais, je renonce à cette hiérarchisation stérile. Les deux langues méritent un traitement équitable : celle qui m'a bercé et celle que j'ai conquise cheminent ensemble, sans rivalité.