Mnémoglyphes

Nul en maths

À l’école, au collège puis au lycée, j’étais mauvais en mathématiques. Mais vraiment très mauvais. En terminale, le prof de maths se lamentait à voix haute de mes prestations au tableau : "Ne faites pas ça au bac, Ruaud, je vous en prie." Dans le fond, il m'aimait bien, je crois.

Heureusement, étant en filière littéraire, je n’ai pas eu à passer d’oral de maths au bac, car je l’ai obtenu au premier tour, sans rattrapage.

Mes difficultés ne venaient pas d’une incompréhension des concepts, mais, je crois, d’un enseignement mal adapté à mon fonctionnement. Les exercices exigeaient des tâches demandant coordination motrice, mémoire de travail, concentration linéaire et automatismes. Or, en raison de mes neurodivergences, j’ai toujours eu une coordination hésitante, un sens spatial fragile, une attention facilement happée par mes pensées et peu de tolérance pour les tâches mécaniques sans stimulation intellectuelle.

Pourtant, lors de tests d’orientation, mes résultats en logique, raisonnement et abstraction ont été excellents. Lorsqu'il s'est agi, en classe de troisième, de m'orienter en classe de seconde, le collège a convoqué mon père et moi, pour nous dire que, selon leurs tests, je devrais être bon en maths et orienté en seconde scientifique. Qu'ils ne comprenaient pas pourquoi j'avais d'aussi mauvaises notes en maths et que ça devait être à cause de ma paresse.

Mais j'ai réalisé des années plus tard que ce n'était pas par paresse. Ces épreuves ne demandaient pas d'applications d’algorithmes mémorisés, mais la capacité à comprendre des structures, repérer des relations et résoudre des problèmes complexes. C’est là que mes forces apparaissent : une pensée logique et analytique, capable de saisir l’essentiel d’un problème.

L’écart entre mes notes en maths et mes résultats aux tests s’expliquait donc simplement : l’école évaluait surtout mon exécution et mon attention, tandis que les tests mesuraient mon raisonnement. Beaucoup de personnes au fonctionnement proche du mien peinent dans les mathématiques pratiques enseignées à l’école, mais sont à l’aise face à des problèmes plus conceptuels que procéduraux.

L’anxiété a aussi joué un rôle important. Toute ma vie l'anxiété a été mon problème numéro un. L’enseignement traditionnel des maths, avec ses délais, ses corrections immédiates, son insistance sur les erreurs, ses notes sévères et ses méthodes imposées, perturbait ma mémoire de travail et rendait l'apprentissage presque impossible. Mes capacités de raisonnement ne pouvaient pas s’exprimer en classe, alors qu’elles apparaissaient clairement dans le cadre plus neutre des tests. Enfin, mon esprit très actif, imaginatif et prompt à s’évader vers d’autres sujets entrait en conflit avec les tâches scolaires répétitives.

Les compétences motrices, attentionnelles et émotionnelles exigées par l’école me manquaient pour réussir en mathématiques scolaires.

Et voilà ce qui a marqué mon destin et mon évolution professionnelle.